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Février 2024 « Le désespoir est assis sur un banc… »

Le désespoir est assis sur un banc… il ne faut pas le regarder, il ne faut pas l’écouter, il faut passer, faire comme si on ne le voyait pas, comme si on ne l’entendait pas, il faut presser le pas…
Jacques Prévert.

Cette espérance est pour nous comme l’ancre de notre vie, sûre et solide… Hébreux 6.19

Le désespoir est assis sur un banc… il nous appelle, nous invite à nous assoir quelques instants à ses côtés, à nous laisser aller, à partager sa vision sombre et sans avenir pour notre vie, celles de ceux que nous aimons et finalement pour le genre humain dans son ensemble.

Nous vivons dans la partie du monde la plus favorisée, la plus épargnée et cependant nous sentons bien les soubresauts d’une planète en souffrance. Même si notre situation personnelle n’est pas « désespérée » nous sommes heurtés jour après jour par des flots de mauvaises nouvelles.

Qu’elles soient intérieures, familiales, dans nos cercles d’amis ou d’origines plus « lointaines », les ondes concentriques de ces malheurs répétés viennent s’échouer sur les rives de notre conscience laissant leurs résidus toxiques affecter, infecter nos cœurs ; véritables marées noires de l’âme. Couche après couche, cette pollution s’attache, tend à s’incruster insidieusement et les conséquences sont néfastes.

Nous perdons notre joie, un brouillard de tristesse indéfinie voile notre ciel, des racines d’amertumes se développent, prêtes à faire poindre leurs rejets tenaces, destructeurs ; alors, parfois sans que nous en ayons pleinement conscience, notre espérance s’amenuise s’évapore, disparaît.

C’est alors que la tentation est la plus forte de nous assoir quelques instants sur le banc du désespoir, un peu comme l’envie d’appuyer sur une dent qui fait souffrir, ou celle de gratter jusqu’au sang une blessure qui démange…

Mais la conséquence la plus grave de cette désespérance est probablement le fait qu’elle nous rend aveugles et sourds à la présence intérieure de notre Dieu. Le cercle vicieux est enclenché, semblable au serpent qui avale sa queue, le désespoir nourrit le désespoir et « le banc » devient notre demeure, notre place attitrée, nous sommes captifs du chant des sirènes du désarroi.

Heureusement pour nous, le désespoir n’est pas la seule force à l’œuvre dans ce monde. Le pouvoir de la vie, de la beauté, de la joie, de l’émerveillement est aussi à l’œuvre. En un instant ou progressivement nous pouvons retrouver la vue et l’ouïe.

Un mot, un sourire, un geste d’amitié ou d’amour, une image, un paysage, un flot de lumière, de chaleur, un texte puissant, bouleversant ou tout simplement la conscience d’une présence peuvent nous arracher au pouvoir du banc du désespoir. Plus ou moins rapidement, le point de bascule arrive et nous sommes à nouveau capables de prendre une décision : je me lèverai et j’irai vers mon Père, retrouver ma véritable demeure. Cette habitation d’où je peux voir la noirceur du monde — parce qu’il n’est pas question de quitter le banc du désespoir pour tomber dans le piège du déni — sans qu’il m’écrase.

Cette demeure ne m’isole pas du malheur du monde, mais elle a des pouvoirs surnaturels, c’est une maison qui possède d’invisibles, mais indestructibles racines. Ces racines plongent jusqu’au cœur du Christ ressuscité, la seule source d’espérance immortelle, parce que revenue victorieuse de la mort.[1]

Ce lien peut, doit devenir l’ancre de nos vies, l’antidote efficace à l’envie de s’assoir sur le banc du désespoir sans plus rien attendre de la vie.

Puisque la mort n’est plus la fin de tout, le désespoir ne peut être que passager, l’espérance peut le surmonter, elle n’est pas une promesse vide et vaine, elle est le petit versement anticipé de l’héritage éternel et infini qui nous attend. Ce n’est pas, non plus, la promesse d’un bien valable seulement pour « l’après » ! Chaque fois que nous nous laissons alimenter par ce lien vital nous expérimentons la réalité du « contenu » de notre espérance.

Ne cédons pas à l’appel du « banc », mais si en y jetant un coup d’œil nous apercevons une sœur, un frère en humanité qui a cédé aux sirènes de la désespérance, demandons-nous si, d’une manière ou d’une autre, nous pouvons être celle ou celui qui rallumera la petite flamme de l’espérance.

Uni avec vous dans une même espérance,

Philip

 

[1] 1 Pierre 1. 3-5