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Septembre 2023

 

J’ai vu un jour une vieille horloge arrêtée se remettre en marche toute seule, et j’ai compris, j’ai senti que tu n’en finirais pas avec moi. Christian Bobin, Le Christ aux Coquelicots.

Jésus dit : « Enlevez la pierre. » Marthe, la sœur du mort, lui dit : « Seigneur, il sent déjà, car il y a quatre jours qu’il est là. » Jean 11. 39

L’instinct de survie qui nous habite, comme c’est le cas pour toutes les créatures vivantes, est l’un des plus puissants ressorts de nos existences. Il nous aide à éviter les situations potentiellement périlleuses ou destructrices ; il nous fournit des ressources inattendues lorsque nous nous trouvons au milieu du danger.
Il peut cependant parfois devenir un faux ami, son emprise, qui court-circuite les sphères de la raison, peut influencer nos choix et nous pousser à agir en contradiction totale avec nos convictions les plus fortes. Depuis les jeux de la cour de récréation, jusqu’au choix des partenaires professionnels, en passant par les amitiés d’adolescence et les opinions sur les sujets de société, nous avons naturellement envie de prendre le parti de ceux qui ont toutes les chances de gagner. Les compétitions, les conflits et même les guerres ont tendance à nous déranger uniquement si nous sommes du côté des perdants.

Le bon sens, l’esprit logique confirment cette approche. Pourquoi dépenser du temps, de l’énergie, de l’argent pour un combat qui semble perdu d’avance ?
C’est ainsi que suivant l’âge du patient, les assurances sociales vont déterminer si ça vaut la peine ou non d’entreprendre certains soins.

Pourquoi prendre la défense de ce collègue que la direction a décidé d’éliminer parce qu’il dit des vérités que l’on ne veut pas entendre… on ne peut pas gagner, alors pourquoi s’impliquer ?
À quoi bon pardonner et redonner encore une chance à cette personne qui nous a démontré dans le passé qu’elle retombait toujours dans les mêmes travers… ?

Oui, cette attitude me paraît tout à fait logique, cohérente, intelligente et raisonnable… à une exception près… lorsqu’il s’agit de moi.

Heureusement, parmi les valeurs sûres qui ont cours dans l’invisible Royaume de Dieu et de son amour, nous trouvons un incompréhensible amour pour les causes perdues.
Peut-être parce que toute l’histoire a commencé avec un échec magistral, tout au moins dans le monde visible et dans les cabinets comptables.

Pressenti pour devenir roi, pour ramener la gloire perdue de son pays, soutenu par des foules en délire, acclamé pour ses miracles éclatants, alors qu’il avait tout pour rejoindre les dominants, le Christ a accumulé les erreurs, se trompant systématiquement de camp. Il a été du côté des impurs, des collaborateurs repentis, des femmes — abusées, malades, étrangères — des enfants, des pauvres de tous poils.

Il a défié, provoqué même, la coalition des forts, des inévitables vainqueurs, il n’a pas hésité à les flageller, souvent avec des mots cinglants, parfois avec un fouet de corde.

Ce qui devait arriver arriva… à force de choisir le mauvais camp, il a perdu.
Perdu sa réputation, sa dignité, son intégrité physique, ses amis, tout au moins la plupart de ses amis masculins

et pour finir, sa vie — même si selon ses propres paroles elle ne lui a pas été arrachée, mais il l’a offerte.

Et puis… l’incroyable est arrivé, l’impensable s’est réalisé, déjouant tous les pronostics, renvoyant au placard toutes les évidences, il est revenu ! Invincible, porteur de lumière, d’espérance, il a encore choisi parmi une minorité méprisée, les femmes, le premier, ou plutôt la première porte-parole de son retour chez les vivants.

Depuis ce matin magnifique, il ne s’est jamais départi de son invétérée passion pour les causes perdues.

Pas mal de siècles plus tard, je suis fier, heureux, honoré d’ajouter mon nom à la longue liste des cas désespérés, des irrécupérables, des incurables ratés qui n’ont rien réussi d’autre dans leur vie que de consentir à se laisser aimer sans cause… et malgré des milliers de raisons objectives pour ne pas l’être.

Cela ne m’a pas rendu franchement meilleur, mais je crois que j’ai tout de même été un peu contaminé par son amour pour les causes perdues.

Ma prière, mon désir, pour le temps qu’il me reste est de pouvoir partager cette superbe nouvelle : il est vraiment le Dieu des causes perdues ! Il ne renonce jamais.

Avec sa force et son soutien, j’aimerais avoir le courage de choisir le bon camp, c’est aussi ce que je vous souhaite pour cette fin d’été et pour les mois à venir.

Signé : Une cause perdue trouvée.