Avril 2026 : Habiter le présent… pour être en relation
Il faut être en paix avec son passé pour pouvoir envisager l’avenir… Nicolas Tackian
Jésus savait que le Père avait tout remis entre ses mains, qu’il était venu de Dieu et qu’il retournait vers Dieu, et il aima les siens jusqu’à l’extrême… Jean.13 1-3
La fête de Pâques est proche, la dernière qu’il va vivre avec les siens, le Christ en est conscient. Au cours de ces heures d’une intensité bouleversante, il va donner une leçon majeure à ses disciples. Il veut imprimer en eux — en l’incarnant personnellement — ce qui sera la pierre de touche de son Royaume : n’est grand que celui qui sert les autres…
L’autorité incontestable du Christ, lorsqu’il était sur terre — palpable même par ses détracteurs — ne venait pas simplement du fait qu’il prononçait des paroles vraies et pertinentes, et elles l’étaient, mais parce qu’il avait cette capacité exceptionnelle d’habiter pleinement le moment présent.
Le narrateur souligne la conscience qu’a Jésus de sa trajectoire. Il sait d’où il vient, où il va, et cette connexion entre son passé et son futur lui permet d’habiter pleinement l’instant présent, en aimant les siens jusqu’au bout.
Ce récit met en lumière une vérité essentielle concernant nos relations, toutes nos relations ; avec nous-mêmes, avec les autres humains — proches ou lointains — avec Dieu.
Pour porter l’amour jusqu’à son point culminant, il est nécessaire d’habiter le présent, c’est le seul endroit où il n’est pas une théorie, un concept.
Pour être habité, le présent doit s’inscrire dans une relation apaisée et claire avec le passé et le futur, à l’image d’une embarcation équipée d’un balancier de part et d’autre de sa coque.
Chaque être humain a un rapport unique avec le temps, il est toutefois possible de tracer de grandes lignes, même si elles sont forcément caricaturales.
Un passé traumatique non traité conduit au déni : trop douloureux à affronter, il faut l’incinérer jour après jour pour le fuir. En réalité, son poids invisible dénature le présent.
Un lien exagérément nostalgique avec le passé affecte, lui aussi, le présent : avancer en regardant en arrière ne permet pas d’entrer dans de vraies relations.
Le deuxième « flotteur-stabilisateur », le futur, a lui aussi son importance.
Sacrifier l’aujourd’hui, en faire un simple carburant pour atteindre demain, détériore le présent et ses possibilités relationnelles.
Des angoisses démesurées concernant ce qui pourrait arriver — même si, effectivement, notre monde donne d’innombrables sujets d’inquiétudes — perturbent aussi la capacité à aimer, à vivre et à entrer en relation.
Sans nier la réalité des dangers à venir, la confiance en celui qui affirme être présent jusqu’au dernier instant de nos vies et du monde permet de s’ancrer dans une espérance solide : une ancre qui s’arrime par les cordages de l’amour, de l’autre côté du visible.
Et puis, un présent pleinement vécu deviendra un passé apaisé ; il nourrira aussi la confiance, celle-là même qui irrigue l’espérance. L’existence est fortifiée par cette continuité du temps. La vie devient une draperie d’un seul tenant, dont la trame est tissée des fils de la présence ininterrompue de celui qui se nomme « Je Suis ».
Le présent connecté à ses deux « flotteurs-stabilisateurs » permet d’affronter les vagues ; mais surtout, il ouvre la porte de tous les possibles relationnels.
Des relations qui dégagent un parfum d’authenticité, de sérénité et de bienveillance, avec une note d’autorité aux antipodes de la domination. Comme un air de famille avec celui qui est le plus grand, mais se fait connaitre en servant et en offrant sa vie : une vie que même la mort n’a pu détruire.
Présentement votre,
Philip
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